Mitsy Groenendijk

A Propos de la série de sculptures ‘People See, People Do’ de Mitsy Groenendijk

De tout temps, des Amériques à l’Afrique, de l’Europe aux Indes, les hommes ont érigé des systèmes de représentation par lesquels ils élaborent leur relation au monde. Partageant ce monde avec l’homme, le singe est devenu, d’un système de croyance à l’autre, palimpseste de valeurs et de qualités, pouvant signifier le Bien, le Mal et tout ce qu’il y a entre les deux. Dans les sociétés occidentales actuelles, c’est le discours scientifique qui dicte les lois de l’exclusion: le singe est un parent d’une ressemblance à la fois utile et inopportune. Cousin dépourvu de raison, il nous sert à mieux nous connaître mais ne saurait être convié au banquet des civilisations. Toujours tenu à distance, il est l’objet de nos rires au zoo et de nos investigations en laboratoire. Les singes de la série “People see, People do” de Mitsy Groenendijk ne se laissent pas prendre à ce jeu classificateur et nous renvoient ce regard inquisiteur. En position d’attaque, couchés, parfois avec peur et se tenant les uns aux autres, avec plusieurs visages ou plongés dans la méditation, c’est vers nous qu’ils se tournent pour, à leur tour, nous observer. Offrant leurs corps de bêtes humaines en spectacle, ils brandissent leur liberté de s’exposer en gestes d’ultime victoire. Et c’est à partir de ces regards provocateurs que chacune de leurs poses nous rappelle une formule, un cliché. Faisant honneur à leur réputation de mime, ils s’adonnent à des versions caricaturées de nos rituels et nous en font sentir la force créatrice. Les trois coups de ce théâtre de nos habitudes parodiées sont le poids des gestes socialement acquis et répétés comme unique fondement de l’être. Eux-même actes de parole s’articulant dans l’espace, ces singes sont des signes qui singent ou les singes-signe d’une humanité dont le devenir est fonction de nos choix. Et alors que du haut de leur incertaine animalité ils nous offrent la chance de repenser notre humanité, ils nous semblent échappés d’une jungle bien plus familière, celle des biens industriellement manufacturés. Quelque part entre le Bisounours, le nain de jardin et les Catrinas de papier-mâché Mexicaines, ils nous invitent a repenser les lois d’une autre séparation traditionnelle, celles qui hantent les relations entre Beaux-Arts et culture populaire. De ces questionnements éthiques et esthétiques s’élève la rumeur du trouble auquel nous confrontent les singes de Mitsy Groenendijk: n’est-ce pas notre devenir de toujours nous singer et de singer les autres dans l’espoir d’exister?
 

Catherine Somzé, Amsterdam 2005

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